Nous sommes la dernière semaine du mois et mes patrons sont tous partis à la grande messe annuelle du management de ma boîte, ce qui fait qu'on est un peu plus cool au bureau et j'en profite pour vous aligner un deuxième post dans la semaine, cette fois bien plus anecdotique sur le Chili (il faut un peu varier sinon le lecteur potentiel se lasse vite...). Je vous ai donc concocté un petit top 5 des trucs bien chiliens qui m'ont marqué depuis notre installation ici (3 mois déjà, le temps passe vraiment vite).
1. "RUT en tramite"
En dix années passées à Paris, je n'ai jamais eu à me plaindre de l'administration française si souvent décriée par ses usagers : employés de mairie capables pour les démarches de papiers/mariage, officiers de police efficaces et affables pour mes deux cambriolages et le vol de mon portefeuille. La meilleure surprise : le remplacement de mon permis de conduire par correspondance en moins de 10 jours auprès de la Préfecture de Police, la classe internationale.
Cette efficacité explose au grand jour face à la magnifique administration chilienne. Comme dirait Mag quand elle est allée chez les carabineros déclarer son vol de sac à main, on fait un bond de 30 ans à 40 ans en arrière et on s'accroche tant le système est puissamment kafkaien (cela me rappelle, pour ceux qui connaissent, un des douze travaux d'Astérix et Obélix, obtenir un tampon sur un petit papier vert dans une formidable tour administrative). En vrac, les horaires d'ouverture sont inversement proportionnels aux queues d'attente d'administrés en colère (mention spéciale au service d'immigration où la queue serpente dans les escaliers sur plusieurs étages et où votre humble serviteur est le seul "gringo" au milieu d'une masse de Péruviens illégaux...), il faut fournir 432 documents parafés, signés, avec empreintes digitales et sceau d'un notaire assermenté...
Tout ceci ne serait que gêne passagère si le processus ne mettait pas en péril notre vie sur place mais ce serait trop simple !!! Au Chili, toute personne morale ou physique dispose d'un RUT ("rol unico tributario") qui est grosso modo un super numéro de Sécurité Sociale (un peu comme le person nummer en Suède). Sans lui, tu ne peux rien faire car c'est la première question que l'on te pose pour toute démarche : cual es su RUT ? Contrat de location, ouverture de compte bancaire, achat de voiture, police d'assurances... Or le RUT n'est obtenu qu'au terme du processus d'obtention d'un visa qui peut prendre 3 à 4 mois. Heureusement, sur les conseils de ma boîte, j'ai pu obtenir un RUT provisoire fiscal comme entrepreneur individuel pour ouvrir des comptes bancaires en local et toucher ma part de salaire en pesos mais l'achat de la voiture reste bloqué jusqu'à nouvel ordre (il faut bien sûr un RUT définitif de résident pour obtenir ses plaques d'immatriculation).
En bref, vivement le RUT (l'administration doit m'en fournir un pour mi-avril) !!!
2. Terremoto o temblor ?
On vous en a déjà pas mal parlé dans les posts précédents mais c'est clairement une caractéristique du Chili, c'est un peu l'autre pays du tremblement de terre après le Japon. Bien sûr, le tremblement de terre du 27 février était exceptionnel (il a tout de même déplacer l'axe de rotation de la Terre de 8 centimètres et la ville de Santiago de 60 cms vers l'est...) mais le fait est que la terre tremble plus de 500 fois par an ici, avec cette maudite plaque de Nazca qui glisse en permanence sous la plaque d'Amérique du Sud selon une ligne nord/sud à 60 kms en mer tout le long de la côté du Chili. Les Chiliens sont généralement habitués à ce genre de situation et ont été formés depuis tous petits à des réflexes salvateurs en cas de terremoto ou de maremoto (équivalement du tsunami en castillan), mais pour les étrangers que nous sommes l'expérience est neuve et pour le moins inhabituelle. Je vous mets une petite carte pour illustrer le phénomène (avec les vitesses de déplacement des plaques, celle de Nazca étant particulièrement rapide...)
Ce qui est intéressant, c'est la distinction qui est faite entre temblor (soit une secousse à moins de 6 sur l'échelle de Richter et de moins de 30 secondes) et le terremeto (plus fort, plus longtemps) par les locaux. Quand on sait que seul un tremblement de terre sur 100 est à plus de 6, cela donne une bonne idée du niveau d'activité sismique du coin, heureusement contré par des normes de construction drastiques qui ont fait leur preuve récemment. Une dernière statistique pour la route, depuis le 27 février, près de 500 répliques ont été mesurées dont plus d'une vingtaine à plus de 6 de puissance, welcome to the Orangina country (la pulpe ne reste jamais en bas très longtemps) !!!
3. Palta y Chirimoya
On ne vous a trop parlé de la nourriture au Chili parce qu'honnêtement, il n'y a pas de quoi se rouler par terre. Le gros avantage, c'est que l'on trouve de tout à manger (et notamment un choix varié et de qualité de fruits et légumes frais, ainsi que viandes et poissons en quantité) mais l'art culinaire du pays n'est pas une référence régionale. Le pays gastronomique du coin, c'est le Pérou avec une cuisine héritée des Incas à base de poisson frais, de choclo (maïs en quechua), de sauces piquantes et de mille variétés de patates différentes. Ajouté à cela la référence argentine de la parilla (grillade) et vous avez la base de nourriture du pays. Je ne vous fais pas un topo sur les boissons où là les Chiliens se défendent très bien avec la qualité et la diversité de leurs vins et bières (merci les colons allemands qui se sont installés en masse dans le sud du pays), ce sera l'objet d'un prochain post.
En creusant bien, on trouve quand même 2 symboles propres à la cuisine au Chili. Le premier est la palta (avocat) qui est utilisé dans pratiquemment toutes les combinaisons possibles et apparaît dans bien des recettes. Une manière sûre de vexer un Chilien est de lui dire que l'on aime pas la palta, il vous lancera un regard incrédule et blessé. Heureusement avec Mag, on adore ça et on en mange des quantités astronomiques depuis 3 mois. Le deuxième symbole est un peu plus exotique puisqu'il s'agit d'un fruit que l'on ne trouve que sous ces lattitudes, le chirimoya, qui a un goût sucré très prononcé et se mange principalement en dessert ou se boit en jus pressé (Mag l'a déjà adopté). Je vous mets une photo pour les plus curieux d'entre vous.
En bref, on trouve de tout et de qualité à manger à Santiago ainsi que des restaurants de tous les types (un peu comme aux US) et nous avons déjà commencé à développer comme les Chiliens un goût prononcé pour les recettes péruviennes et la parilla argentine (à base de viande souvent urugayenne en ce moment, les Argentins ayant une grosse crise bovine sur le dos).
4. La Nana
Par bien des aspects, le Chili donne l'apparence d'être un pays développé, notamment dans les quartiers comme le notre (barrio alto) où se concentrent les familles aisées. Un bon moyen de revenir sur Terre est de se renseigner sur les services à la personne, notamment pour le ménage, la garde d'enfants... Là, on se rend compte du fossé existant entre les classes privilégiées et les classes moyennes du pays, à des années lumières des écarts constatés en France. Par exemple, avec l'aide de la propriétaire de l'appartement, nous avons embauché une nana (ou mucama pour certains, c'est le mot quechua de "serviteur") qui vient une demi journée par semaine faire le ménage pour la somme astronomique de 8,000 pesos (soit 11 euros environ).
La plupart des Chiliens aisés ont une nana à plein temps chez eux (pour 500 à 600 dollars par mois) qui s'occupe de la maison, des courses, de la nourriture et des enfants. On pourrait croire avec un prisme occidental pur à une forme d'esclavage moderne (ce qui est en partie vrai) mais il y a là un vrai décalage culturel car la nana devient souvent au fil du temps une part de la famille qui l'accueille. Pour bien comprendre cet aspect culturel, je vous conseille le film chilien du même nom sorti l'année dernière (qui s'appelle d'ailleurs La Nana, primé plusieurs fois à l'étranger notamment à Berlin) qui montre bien les caractéristiques de cette réalité culturelle. Un des aspects les plus étonnants du phénomène est la tenue que portent toutes les nanas (souvent un grand tablier bleu marine multitâches avec de nombreuses poches), ce qui fait qu'on les remarque partout avec ce quasi uniforme sur le dos (au supermarché, dans la rue...). Déroutant !!!
5. Cachay ?
L'espagnol parlé au Chili est assez pur, avec un charmant accent chantant et quelques expressions locales bien senties. On est loin de l'accent italien à couper au couteau des Argentins où il faut souvent tendre l'oreille et une demi-journée d'adaptation pour se mettre dans le bain. Les Chiliens ont aussi leur lot d'expressions propres (j'adore la ouaoua pour désigner un nourrisson, où le pololo pour petit copain), leurs tics de langage qui leur font ponctuer la fin de leur phrases par un "no mas" définitif (équivalent du "quoi" parisien) et leur façon "soft" de jurer (avec un "chuta" surpris, équivalent très doux du "f...k" angosaxon, une espèce de "saperlipopette" désuet).
Le top que je n'ai réussi à comprendre qu'après quelques semaines est le fabuleux "Cachay ?" dérivé espagnolisé du "got it ?" américain avec la même signification. Il est employé à toutes les sauces et permet à son utilisateur de s'assurer que son interlocuteur l'a bien compris. Evolution suprême, il est parfois utilisé comme un verbe (cachar), ce qui donne des expressions du genre "Cachaste" ou sa forme encore plus familière "Cachais", trop trop fort !!!
Voilà un petit tour rapide de 5 concepts chiliens amusants pour vous donner un peu plus de background local. Le grand WE de Pâques arrive et nous partons pour 4 jours avec Mag vers le nord (la Serena et la Vallée d'Ique) pour faire un break au vert avant un mois d'avril bien relou pour tous les 2 au niveau du travail et des déplacements !!! On serait bien allé au sud, mais il va falloir attendre quelques mois qu'ils réparent tous les grands axes routiers dans ce coin là pour aller le visiter.





