Plutôt que de vous faire des grandes démonstrations académico-sociologiques sur ce que peut être la vie quotidienne au Chili, je me suis dit que j'allais vous refaire un nouveau top 5 de concepts que l'on ne retrouve que dans ce coin du monde et qui peuvent paraître nouveaux ou décalés pour des Européens. J'espère que cela vous aidera à un peu plus entrer dans l'esprit des Sud Américains et des Chiliens en particulier !
1. Colo Colo
Effet post (double sens, ça part fort...) coupe du Monde oblige, il faut bien pondre quelques lignes sur la place centrale qu'occupe le football au Chili comme dans tous les autres pays d'Amérique du Sud même si la aficion ici se fait avec les caractéristiques culturelles propres aux Chiliens, à savoir de manière plus réservée et contrôlée. Il n'empêche, le championnat est une véritable institution nationale dans laquelle se livrent une lutte à couteaux tirés trois grands clubs de Santiago si représentatifs des clivages de la société chilienne que c'en est presque une caricature. On retrouve donc la "U" ou Universidad de Chile, de laquelle est issue l'élite laïque et progressiste du pays, la Catolica (ou de son vrai petit nom Pontificada Universidad Catolica) dont sortent 100% des traditionnalistes de bonne famille afidés à l'Opus Dei et à l'UDI (voir posts précédents) et enfin, le vrai, l'unique, le magnifique Colo Colo !!! (là je m'enflamme un peu mais je vis sous l'influence permanente des mes collègues majoritairement supporters de ce club...)
L'emblème du club que je vous mets ci-dessous annonce clairement la couleur :
Je vous le donne dans le mille, il s'agit bien d'un Mapucho, ces fiers guerriers nomades qui ont résisté à l'envahisseur espagnol et n'ont jamais rendu les armes avant de se faire génocider au XIXème siècle et devenir une communauté minoritaire mais toujours insoumise et peu reconnue à ce jour. Cerise sur le gâteau, le nom du club est celui du chef mapuche Colocolo himself, le cacique qui mourrut les armes à la main contre les colons européens. C'est le club de tous les mélanges ethniques et sociaux possibles, le seul à avoir triomphé dans la Copa Libertadores (équivalent de la Champions League en Europe pour l'Amérique du Sud + le Mexique) en 1991. Bref, c'est un peu leur OM à eux et ils l'adorent autant qu'ils détestent les élites supportrices de la "U" ou de la Catolica !
2. La Cueca
Les Argentins ont le tango, les Brésiliens la samba, les Chiliens ne sont pas en reste avec cette danse traditionnelle devenue officiellement danse nationale du Chili : la Cueca ! (je vous mets une illustration pour que vous vous rendiez compte des tenues plutôt jolies employées à l'occasion).
Comme tant de choses qui ont été déclarées "nationales" par le gouvernement (en 1979 pour la Cueca), les origines de cette danse sont fort incertaines mais viennent probablement d'un mélange de traditions venues d'Espagne et indigènes (vraisemblablement mapuches). Les Boliviens la revendiquent également pour la petite histoire mais tant qu'Evo Morales ne mettra pas un costard, je pense qu'ils ont peu de chances d'obtenir une reconnaissance internationale su ce point... C'est à voir si un jour vous venez sur place. La femme danse avec un grand mouchoir à la main et les mouvements sont lents et chastes (on est au Chili quand même, pas chez ces dépravés d'Argentins qui viennent d'autoriser le mariage homosexuel comme diraient certains de mes collègues fort traditionnalistes...). C'est assez surprenant au début mais cette danse a un effet hypnothique assez difficile à expliquer (un peu semblable à un match de Roland Garros sur France 2 dans la torpeur de juin) mais les tenues sont vraiment magnifiques et les mouvements fascinants !
3. Le Pisco Sour
Tant qu'on y est, enchaînons sur un élément faisant officiellement parti du patrimoine national mais à l'origine controversée et contestée, j'ai nommé LA boisson nationale du pays : le Pisco Sour ! Si vous avez bonne mémoire, nous vous parlions dans un post précédent de notre WE de Pâques du côté de la Serena et del Valle del Elqui où se trouve l'essentiel de la production nationale du pisco (nous avions d'ailleurs visité à cette occasion l'usine du plus grand producteur local CAPEL). Le pisco est en fait une liqueur de vin alcoolisée de 20 à 30°C, bref un aguardiente que l'on retrouve dans beaucoup d'autres pays de la région. La particularité de cette boisson est que l'on ajoute au pisco un tiers de jus de citron, une touche de blanc d'oeuf dessus et le miracle s'accomplit (illustration fournie pour un effet dramatique plus fort encore...)
La photo ci-dessus est un indice sur la polémique existante sur l'origine du Pisco Sour : dans le fond on y voit la cathédrale de Cusco au Pérou et la Plaza de Armas de la même ville. La boisson est en réalité une invention péruvienne que les Chiliens se sont allègrement appropriés et ont tenté de faire reconnaitre comme AOC de part le monde (refus catégorique de l'Union Européenne sur ce coup-là). Ils ont même poussé le vice jusqu'à renommer un village producteur de vin de la Valle del Elqui du nom de Pisco pour enfumer tout le monde mais en fait la majeure partie des gens ici sait très bien que le Pisco Sour vient du Pérou et même qu'il est meilleur de l'autre côté de la frontière (les recettes étant légèrement différentes entre les deux pays). Bien sûr, un Chilien ne vous fera cet aveu qu'en petit comité et niera tout commentaire de cette veine en public, il a sa fierté quand même !
4. Las animitas
Foot, danse, alcool... Histoire de remonter un peu le niveau de ce post, intéressons-nous à un aspect un peu plus spirituel (le protestant en moi aurait plutôt dit ritualiste) de la vie chilienne. Les premières fois que nous avons loué une voiture pour nous balader un peu autour de Santiago, nous avons été étonnés avec Magali de voir sur le bord des routes et autoroutes des petites maisons qui resemblaient à s'y méprendre à des niches de chien en pierre. En fait, il s'agissait d'animitas, que l'on retrouve principalement sur le bord des routes mais aussi près de l'océan ou dans certains lieux de recueillement en ville (ici près de la gare centrale de Santiago) :
L'animita est généralement installée près du lieu de décès d'un proche, d'où leur présence sur le bord des routes et sur les bords de mer (pour les personnes disparues par gros temps ou noyées). La croyance populaire veut que l'âme des défunts reste pendant quelques temps proche du lieu de l'accident si la mort était violente et qu'en leur construisant une animita où l'on vient se recueillir, on facilite leur passage dans l'autre monde (et obtenant au passage quelques coups de pouce spirituels pour l'aide fournie, rien n'est gratuit en ce bas monde...). Les animitas illustrent bien un phénomène commun aux pays d'Amérique Latine où vivaient d'importantes communautés indigènes : la manière dont certains rites et pratiques animistes des Aztèques, Incas, Mapuchos et autres Charruas ont été intégrés par synchrétisme dans la pratique religieuse par les Eglises catholiques locales. C'est relativement léger au niveau du Chili (quoique plus fort dans le sud et notamment la région des Lacs du côté de l'île de Chiloé et ses histoire de fantômes et de puissants esprits de la nature) par rapport aux rites macabres au Mexique et la vitalité des croyances quetchuas au Pérou et en Bolivie. On en voit cependant des indices ici et là qui montrent que malgré une forte influence à tendance monopolistique de l'Eglise catholique sur la région, certaines traditions locales ont été intégrées et survivent de manière plus ou moins forte au sein de la population.
5. Bicentenario de Chile
Je vous en ai déjà parlé ici et là, notamment sur les post sur le terremoto du 27 février et la manière peu élégante de Mère Nature de fêter l'évènement, 2010 marque le bicentenaire de la fondation de la Republica de Chile (la fête nationale étant le 18 septembre). L'avantage de la célébration est qu'un grand WE de 4 jours a été décrété du 17 au 20 septembre et en bons residentes extranjeros, nous allons nous faire un devoir de respecter ces célébrations !
Le 18 septembre est un peu une date confuse comme notre 14 juillet où nous croyons fêter la prise de la Bastille (c'était en fait la Fête de la Fédération de 1790 quand le roi prêta serment sur la Constitution, et paf le retour de Moukipédia !). Pour la faire courte, le 18 septembre 1810 correspond à la destitution du gouverneur espagnol du Chili et la prise de pouvoir par une junta locale menée par le célèbre libertador Bernardo O'Higgins mais pas encore à la fondation en temps que tel de la République du Chili sur base d'une vraie constitution qui n'aura lieu qu'en 1818. On est bien loin de ces préoccupations aujourd'hui : transition de gouvernement oblige, la nouvelle coalition au pouvoir accuse les socialistes de l'ancien gouvernement d'avoir pillé le fonds spécialement constitué à cette occasion en n'organisant qu'un minimum d'évènements. Au-delà de la polémique difficile à trancher entre les deux blocs dominant la vie politique chilienne, il est intéressant de voir l'outrage dans la population concernant une mauvaise utilisation de fonds publics. En termes de corruption et de rapport à l'argent public, le Chili est vraiment plus de culture germanique que latine... En attendant, cela va sûrement être une belle fête patriotique !
J'espère que ce nouveau petit tour d'horizon de concepts locaux vous a plus. Le blog sera indisponible pour le mois d'août du fait de nos vacances en France (allez, si j'arrive à me motiver, je vous ferai un soir avant de partir de Santiago le post que j'ai sous le coude sur notre WE à Valparaiso en décembre dernier qui est complètement collector car avant le terremeto du 27 février 2010 !)
A bientôt pour de nouvelles aventures !




