Depuis le début de la coupe du Monde, je comptais faire un post sur la passion sud-américaine du football (l'autre religion du continent avec le catholicisme, quoique la montée croissante des évangélistes protestants ces vingt dernières années ne cesse de faire perdre des parts de marché spirituelles à la Pape and Co Inc., sujet potentiel d'un futur post...). La phase de poule ayant finalement accouché d'un Brésil - Chili en huitièmes de finale, j'ai attendu la fin de ce match pour me lancer dans l'écriture de ces quelques lignes.
Un post de ma part ne serait pas complet sans un petit rappel historico-footballistique. A tout seigneur, tout honneur, le Brésil, monstre sacré du football, seul pays qualifié à toutes les phases finales et plus grand vainqueur avec 5 étoiles au compteur et 7 finales jouées (Pentacampeon comme ils disent ici, en attendant le titre de Sextacampeon...). Référence mondiale et régionale, la Seleçao (à ne pas confondre avec la Selecçao portugaise, subtile différence) ou les Auriverde (or et vert) sont connus pour leur jeu magique tourné vers l'offensive, une technique de feu développée par les joueurs au cœur des favelas (le mythe est toujours vivace) et une défense parfois friable. Je laisse les spécialistes débattre du thème mais il me semble que depuis quelques années le Brésil joue de plus en plus à l'européenne, très technique et solide derrière avec une forte capacité à se projeter vers l'avant et de grosses individualités qui font le reste. D'ailleurs, le Brésil est la seule équipe du continent dont le plus grand nombre de joueurs évolue en Europe. Un élément intéressant, la méfiance forte des Brésiliens envers l'équipe de France qui est un peu leur bête noire (comme pour la Nouvelle-Zélande en rugby). Ils étaient bien soulagés de nous voir ridicules et rapidement éliminés cette année, nous étions potentiellement dans leur moitié du tableau final... Autre puissance locale, la Albiceleste argentine avec ses 2 titres au compteur en 1978 (à domicile et du temps de la dictature) et en 1986 au Mexique (avec la mano de Dios de Maradona contre l'Angleterre). On se rappelle aussi des larmes du même Maradona (el Pibe de Oro) en 1990 après la défaite contre l'Allemagne. Il est de retour cette année comme sélectionneur et fait le bonheur de tous les médias avec ses déclarations fracassantes et ses suggestions très visuelles envers certains journalistes (sanctionné par une amende de 50 000 dollars par la FIFA au passage). Les Argentins jouent à l'italienne (normal vu l'héritage migratoire correspondant) et ont toujours compté dans leurs rangs d'excellents meneurs de jeu (cette année Messi ou la Pulga, le "poux" pour sa pression permanente sur les défenses adverses, qui doit encore marqué son premier but...). Dernière puissance régionale au glorieux passé un peu lointain, la Celeste d'Uruguay qui a aussi gagné 2 titres mais il y a plus de 50 ans et qui est devenue depuis une équipe moyenne du continent (leur qualification cette année en quart est leur meilleur résultat depuis plus de 40 ans !). Anecdote amusante, l''équipe d'Uruguay est aussi surnommée les Charuos, le nom de la tribu indienne majoritaire qui peuplait le territoire avant leur joyeux génocide par les colons blancs, un beau retournement de la réalité historique du pays. En tout 9 titres pour ces 3 pays et le continent contre 9 également pour l'Europe, les Sud-Américains espérant bien reprendre la main cette année partant du constat que quasiment tous les titres européens ont été gagnés sur leur continent.
Derrière ces 3 grands se battent 7 autres équipes qui se disputent tous les 4 ans les 4 places qualificatives directes pour la Coupe du Monde (le 5ème jouant un barrage) : Pérou, Colombie, Vénézuela, Colombie, Paraguay, Bolivie et Chili. En Europe, nous connaissons le Paraguay qui pointe le bout de son nom de temps à autre en phase finale (et son gardien de but tireur de coup franc et de pénalty Chilavert) et la Colombie (avec le mythique Valderama et sa touffe rasta blonde et son gardien dont j'ai oublié le nom qui pratiquait l'arrêt dit du scorpion, hautement dangereux mais spectaculaire !!!). En arrivant ici, les locaux m'ont rappelé qu'ils étaient bien au Mondial en France en 1998 et qu'ils s'étaient faits sortir en 1/8ème de finale, ce dont je ne me souvenais absolument pas (j'ai quand même sauvé mon honneur en leur citant le seul joueur chilien que je connaissais, Zamorano). Depuis pas de participation à la Coupe du Monde avec une infamante dernière place pour les qualifications du Mondial 2006. La fédération locale a alors pris des mesures dont pourrait s'inspirer Laurent Blanc dans les mois à venir. D'abord, prendre un sélectionneur de renom, l'argentin Marcelo Bielsa, surnommé el Loco du fait de certaines de ses excentricités, déclarations et tics nerveux. Première levée de boucliers, le Chilien est très patriote et choisir un Argentin, un des 3 ennemis jurés du pays (avec le Pérou et la Bolivie) était inconcevable. Deuxième point, virer toute l'équipe actuelle et constituer un groupe de jeunes pleins d'avenir. Très critiqué au début avec des résultats un peu moyens, la bronca a baissé rapidement avec les victoires qui ont mené la Roja (même surnom que l'Espagne, en fait le surnom complet est la Marea Roja, la marée rouge) a la deuxième place du groupe de qualification, juste derrière le Brésil, avec un jeu fluide, technique et poussé vers l'avant. Le premier tour confirme la bonne tenue de l'équipe même si le clash contre l'Espagne montre certaines limites contre un gros qui se sont confirmées contre le Brésil (avec la défense central suspendue pour le match). Maintenant, la question sur toutes les lèvres est de savoir si el Loco va rempiler pour 4 ans (et notamment pour la prochaine Copa America, équivalent de l'Euro sous ces latitudes qui aura lieu l'année prochaine). Pour le Brésil, l'aventure continue mais je suis curieux de voir de ce qu'ils vont donner contre un gros comme la Hollande, avec un peu plus d'opposition physique et technique !
Le but du post n'est pourtant pas dans ce que je viens d'écrire. Il est bien plus dans l'incroyable passion du foot de ce coté-ci du monde. Même les Chiliens pourtant considérés comme calmes et réservés pour des Latinos se sont totalement déchaînés pendant le Mondial : drapeaux à toutes les fenêtres, concerts de klaxons dans les rues, ville morte pendant les matches et explosion après les victoires ou la qualification vendredi dernier (un peu trop même à Santiago, près de 400 arrestations sur la Plaza de Italia en centre ville...). Un bon exemple au travail de mon côté : pour le match contre l'Espagne, la salle de conférence était décorée de dizaines de drapeaux, les 3/4 des gens sont venus avec des maillots et des cotillons et tout le monde a assisté religieusement au match, encourageant les leurs même menés 2 à 0. On est bien loin du désamour français pour son équipe nationale. Autre élément typique : les commentateurs sont d'une mauvaise foi totale et s'explosent les cordes vocales et nos tympans à chaque but marqué. : GGGOOOOOOOOOOOOLLLLLLLLL, Christian Jeanpierre peut aller se rhabiller, on dirait le murmure d'un lapin asthmatique en comparaison... Ce qui est intéressant, que j'avais déjà noté au Mexique lorsque j'y avais fait un échange universitaire il y à plus de 10 ans (le temps file ma bonne dame), c'est le côté bon enfant et familial du foot ici, un peu comme le rugby dans nos contrées. Bien sûr, il y a une forte récupération nationaliste mais point de hooligans ou de racisme primaire (pas de cris de singe ou de lancers de bananes ici, ce qui est pour le moins heureux...)
Si le Chili s'enflamme, le Brésil est en éruption à chaque match. Mag vous en parlera mieux que moi mais la semaine dernière j'étais avec elle à Sao Paulo et la ville était littéralement tapissée de drapeaux auriverde sur les immeubles, les voitures, les gens... (même les réceptionnistes à l'hôtel Mercure sont en vert et or les jours de match et dans les boutiques fashion une grande partie de la mode recycle le maillot national). Au bureau et dans les usines, c'est pareil, on donne leur demi-journée aux gens ou on passe le match, de toute manière personne ne travaille, patrons y compris... Un dernier point intéressant à noter est la solidarité footballistique de toute l'Amérique du Sud, surtout dans leur rivalité avec l'Europe. Après le premier tour, combien m'ont dit que les 5 nations du continent étaient passées contre 6 sur 13 pour l'Europe. Quand on connait les tensions fortes qui demeurent entre les pays de la région qui étaient encore en guerre les uns contre les autres il n'y pas si longtemps, c'est pour le moins intéressant. La dernière fois que je les ai vus solidaires comme cela, c'était pour soutenir l'Argentine dans ses revendications sur les Malouines pendant le sommet des Amériques !
Voila donc un petit post de circonstance. Je vous épargne tous les commentaires mi-ironiques et mi-navrés qu'on me livre sur l'équipe de France depuis notre élimination piteuse. Je me contenterai de dire que cela ternit une image pourtant largement positive que nous avons dans le coin, il est vrai issue de notre passé des Lumières plutôt que de ces 30 dernières années (mon Dieu, le vieux-connisme s'emparait-il de moi ???).
A bientôt pour de nouvelles aventures !