lundi 28 juin 2010

Aficion suramericana - GOOOOOOOOOLLLLLLL

Depuis le début de la coupe du Monde, je comptais faire un post sur la passion sud-américaine du football (l'autre religion du continent avec le catholicisme, quoique la montée croissante des évangélistes protestants ces vingt dernières années ne cesse de faire perdre des parts de marché spirituelles à la Pape and Co Inc., sujet potentiel d'un futur post...). La phase de poule ayant finalement accouché d'un Brésil - Chili en huitièmes de finale, j'ai attendu la fin de ce match pour me lancer dans l'écriture de ces quelques lignes.

Un post de ma part ne serait pas complet sans un petit rappel historico-footballistique. A tout seigneur, tout honneur, le Brésil, monstre sacré du football, seul pays qualifié à toutes les phases finales et plus grand vainqueur avec 5 étoiles au compteur et 7 finales jouées (Pentacampeon comme ils disent ici, en attendant le titre de Sextacampeon...). Référence mondiale et régionale, la Seleçao (à ne pas confondre avec la Selecçao portugaise, subtile différence) ou les Auriverde (or et vert) sont connus pour leur jeu magique tourné vers l'offensive, une technique de feu développée par les joueurs au cœur des favelas (le mythe est toujours vivace) et une défense parfois friable. Je laisse les spécialistes débattre du thème mais il me semble que depuis quelques années le Brésil joue de plus en plus à l'européenne, très technique et solide derrière avec une forte capacité à se projeter vers l'avant et de grosses individualités qui font le reste. D'ailleurs, le Brésil est la seule équipe du continent dont le plus grand nombre de joueurs évolue en Europe. Un élément intéressant, la méfiance forte des Brésiliens envers l'équipe de France qui est un peu leur bête noire (comme pour la Nouvelle-Zélande en rugby). Ils étaient bien soulagés de nous voir ridicules et rapidement éliminés cette année, nous étions potentiellement dans leur moitié du tableau final... Autre puissance locale, la Albiceleste argentine avec ses 2 titres au compteur en 1978 (à domicile et du temps de la dictature) et en 1986 au Mexique (avec la mano de Dios de Maradona contre l'Angleterre). On se rappelle aussi des larmes du même Maradona (el Pibe de Oro) en 1990 après la défaite contre l'Allemagne. Il est de retour cette année comme sélectionneur et fait le bonheur de tous les médias avec ses déclarations fracassantes et ses suggestions très visuelles envers certains journalistes (sanctionné par une amende de 50 000 dollars par la FIFA au passage). Les Argentins jouent à l'italienne (normal vu l'héritage migratoire correspondant) et ont toujours compté dans leurs rangs d'excellents meneurs de jeu (cette année Messi ou la Pulga, le "poux" pour sa pression permanente sur les défenses adverses, qui doit encore marqué son premier but...). Dernière puissance régionale au glorieux passé un peu lointain, la Celeste d'Uruguay qui a aussi gagné 2 titres mais il y a plus de 50 ans et qui est devenue depuis une équipe moyenne du continent (leur qualification cette année en quart est leur meilleur résultat depuis plus de 40 ans !). Anecdote amusante, l''équipe d'Uruguay est aussi surnommée les Charuos, le nom de la tribu indienne majoritaire qui peuplait le territoire avant leur joyeux génocide par les colons blancs, un beau retournement de la réalité historique du pays. En tout 9 titres pour ces 3 pays et le continent contre 9 également pour l'Europe, les Sud-Américains espérant bien reprendre la main cette année partant du constat que quasiment tous les titres européens ont été gagnés sur leur continent.

Derrière ces 3 grands se battent 7 autres équipes qui se disputent tous les 4 ans les 4 places qualificatives directes pour la Coupe du Monde (le 5ème jouant un barrage) : Pérou, Colombie, Vénézuela, Colombie, Paraguay, Bolivie et Chili. En Europe, nous connaissons le Paraguay qui pointe le bout de son nom de temps à autre en phase finale (et son gardien de but tireur de coup franc et de pénalty Chilavert) et la Colombie (avec le mythique Valderama et sa touffe rasta blonde et son gardien dont j'ai oublié le nom qui pratiquait l'arrêt dit du scorpion, hautement dangereux mais spectaculaire !!!). En arrivant ici, les locaux m'ont rappelé qu'ils étaient bien au Mondial en France en 1998 et qu'ils s'étaient faits sortir en 1/8ème de finale, ce dont je ne me souvenais absolument pas (j'ai quand même sauvé mon honneur en leur citant le seul joueur chilien que je connaissais, Zamorano). Depuis pas de participation à la Coupe du Monde avec une infamante dernière place pour les qualifications du Mondial 2006. La fédération locale a alors pris des mesures dont pourrait s'inspirer Laurent Blanc dans les mois à venir. D'abord, prendre un sélectionneur de renom, l'argentin Marcelo Bielsa, surnommé el Loco du fait de certaines de ses excentricités, déclarations et tics nerveux. Première levée de boucliers, le Chilien est très patriote et choisir un Argentin, un des 3 ennemis jurés du pays (avec le Pérou et la Bolivie) était inconcevable. Deuxième point, virer toute l'équipe actuelle et constituer un groupe de jeunes pleins d'avenir. Très critiqué au début avec des résultats un peu moyens, la bronca a baissé rapidement avec les victoires qui ont mené la Roja (même surnom que l'Espagne, en fait le surnom complet est la Marea Roja, la marée rouge) a la deuxième place du groupe de qualification, juste derrière le Brésil, avec un jeu fluide, technique et poussé vers l'avant. Le premier tour confirme la bonne tenue de l'équipe même si le clash contre l'Espagne montre certaines limites contre un gros qui se sont confirmées contre le Brésil (avec la défense central suspendue pour le match). Maintenant, la question sur toutes les lèvres est de savoir si el Loco va rempiler pour 4 ans (et notamment pour la prochaine Copa America, équivalent de l'Euro sous ces latitudes qui aura lieu l'année prochaine). Pour le Brésil, l'aventure continue mais je suis curieux de voir de ce qu'ils vont donner contre un gros comme la Hollande, avec un peu plus d'opposition physique et technique !

Le but du post n'est pourtant pas dans ce que je viens d'écrire. Il est bien plus dans l'incroyable passion du foot de ce coté-ci du monde. Même les Chiliens pourtant considérés comme calmes et réservés pour des Latinos se sont totalement déchaînés pendant le Mondial : drapeaux à toutes les fenêtres, concerts de klaxons dans les rues, ville morte pendant les matches et explosion après les victoires ou la qualification vendredi dernier (un peu trop même à Santiago, près de 400 arrestations sur la Plaza de Italia en centre ville...). Un bon exemple au travail de mon côté : pour le match contre l'Espagne, la salle de conférence était décorée de dizaines de drapeaux, les 3/4 des gens sont venus avec des maillots et des cotillons et tout le monde a assisté religieusement au match, encourageant les leurs même menés 2 à 0. On est bien loin du désamour français pour son équipe nationale. Autre élément typique : les commentateurs sont d'une mauvaise foi totale et s'explosent les cordes vocales et nos tympans à chaque but marqué. : GGGOOOOOOOOOOOOLLLLLLLLL, Christian Jeanpierre peut aller se rhabiller, on dirait le murmure d'un lapin asthmatique en comparaison... Ce qui est intéressant, que j'avais déjà noté au Mexique lorsque j'y avais fait un échange universitaire il y à plus de 10 ans (le temps file ma bonne dame), c'est le côté bon enfant et familial du foot ici, un peu comme le rugby dans nos contrées. Bien sûr, il y a une forte récupération nationaliste mais point de hooligans ou de racisme primaire (pas de cris de singe ou de lancers de bananes ici, ce qui est pour le moins heureux...)

Si le Chili s'enflamme, le Brésil est en éruption à chaque match. Mag vous en parlera mieux que moi mais la semaine dernière j'étais avec elle à Sao Paulo et la ville était littéralement tapissée de drapeaux auriverde sur les immeubles, les voitures, les gens... (même les réceptionnistes à l'hôtel Mercure sont en vert et or les jours de match et dans les boutiques fashion une grande partie de la mode recycle le maillot national). Au bureau et dans les usines, c'est pareil, on donne leur demi-journée aux gens ou on passe le match, de toute manière personne ne travaille, patrons y compris... Un dernier point intéressant à noter est la solidarité footballistique de toute l'Amérique du Sud, surtout dans leur rivalité avec l'Europe. Après le premier tour, combien m'ont dit que les 5 nations du continent étaient passées contre 6 sur 13 pour l'Europe. Quand on connait les tensions fortes qui demeurent entre les pays de la région qui étaient encore en guerre les uns contre les autres il n'y pas si longtemps, c'est pour le moins intéressant. La dernière fois que je les ai vus solidaires comme cela, c'était pour soutenir l'Argentine dans ses revendications sur les Malouines pendant le sommet des Amériques !

Voila donc un petit post de circonstance. Je vous épargne tous les commentaires mi-ironiques et mi-navrés qu'on me livre sur l'équipe de France depuis notre élimination piteuse. Je me contenterai de dire que cela ternit une image pourtant largement positive que nous avons dans le coin, il est vrai issue de notre passé des Lumières plutôt que de ces 30 dernières années (mon Dieu, le vieux-connisme s'emparait-il de moi ???).

A bientôt pour de nouvelles aventures !

mardi 1 juin 2010

Week ends d'automne en Amérique du Sud


Comme vous le savez tous, les saisons sont inversées dans l'hémisphère Sud, ce qui veut dire qu'au moment où l'Europe entre dans le printemps, c'est le début de l'automne de ce côté-ci de la planète. Étant habitués à un climat parisien, nous nous attendions au pire à compter de début avril et la vérité est qu'il n'est pas encore arrivé aussi bien au Chili qu'au Brésil, illustration...


Professionnellement, je dois me rendre au Brésil plus que prévu initialement, ce qui n'est pas pour nous déplaire puisque cela me permet de rejoindre Mag à Sao Paulo quand elle y est et même de partager le même hôtel (par un heureux hasard, nos lieux de travail respectifs le permettent). Cela m'a permis de passer une semaine entière avec elle à Sao Paulo mais aussi le WE sur place ! Sao Paulo est un enfer urbain qui ferait passer Santiago pour un village du Cantal mais le coin où nous sommes logés est plutôt sympathique et SECURISE (là pour le coup, on ne rigole pas avec ce genre de choses au Brésil, pour rappel, 50 000 morts par balle l'année dernière, plus fort que la Colombie...), du côté de Pinheiros et d'Itaimbibi, le quartier juif de la ville. Le grand plus de Sao Paulo, ce sont les restos, souvent d'excellente facture, et la spécialité locale, la churrasquiera, restaurant de viandes assez particulier. Le principe, vous vous installez et vous avez un petite pastille à 2 facettes à côté de vous avec également un libre accès à un buffet de crudités, fromages... Le jeu consiste à retourner la pastille du côté vert et là une armée de serveurs passe vous servir de la viande directement à votre table. Quand votre assiette est bien remplie, vous repassez du côté rouge et le jeu peut ensuite recommencer une fois que vous avez terminé de manger le premier round ! Au bout d'un moment, cela devient technique, vous repérez les serveurs selon ce qu'ils transportent et retournez opportunément votre pastille au moment où ils vous regardent, tout un art !!! L'autre grande spécialité du coin, les sushis souvent délicieux, tradition amenée par les colons japonais qui aujourd'hui représentent une communauté de plus d'un million de personnes. La diversité culinaire de manière générale est à l'image cosmopolite de la ville : Libanais, Italiens, Grecs, Français... Bref Sao Paulo, une ville où l'on mange bien, voire très bien.


Après une rude semaine de travail, nous avons décidé avec Mag de prendre un peu de repos. Avec l'aide de son chauffeur habituel qui se fait des extras le WE, nous sommes partis pour le nord-est de Sao Paulo pour rejoindre la zone de Sao Sebastiao et le petit village de Camburi, situé le long de la fameuse bande de plage de sable blanc qui va de Sao Paulo à Rio de Janeiro. C'est la basse saison, donc il n'y a pas trop de monde et le changement de température est radical par rapport à la grande ville (5°C de plus, soit du 20-25° très agréable avec un peu de vent). Nous avons loué pour l'occasion une chambre dans une poussada, l'équivalent brésilien d'une maison d'hôte, très sympa et équipée d'un bar et d'un serveur local qui prépare de mythiques caïpirinhas (LA boisson du Brésil, préparée à base de cachaça, alcool de canne à sucre, de citrons verts, de sucre de canne et de glace pillée, un régal !) On est au cœur de l'automne mais on se croirait plutôt en début de saison sur la Côte d'Azur, avec en bonus un cadre pour le moins magnifique et non bétonné comme Monaco ou Nice !!!









Nous en avons profité pour lézarder sur la plage et nous faire une longue nuit de récupération. La ville est tranquille mais compte tout de même un pur resto traditionnel brésilien (pas mal de recettes portuguaises) où nous sommes allés nous régaler  le samedi soir. Quelques heures au vert qui font du bien après plusieurs semaines de vie intense en milieu urbain que cela soit au Chili ou au Brésil.


Je suis rentré ensuite à Santiago pour régler les dernières démarches qui nous ont permis de récupérer notre voiture pour ce WE et le retour de Magali, ce qui tombait bien, c'était son anniversaire (ses tuit' ans). Nous sommes allés faire un repas de fête dans un excellent resto à Santiago sur  les conseils de mon chef (que j'avais bien rencardé sur Paris en l'envoyant à l'Os à Möelle), El Europeo servant une cuisine raffinée et élégante le tout accompagné d'un vin chilien de malade mental (je ne me souviens plus de la référence mais j'ai rarement bu un vin chilien aussi fin, d'habitude ils sont plutôt bons mais tabassent...). Seule ombre au tableau, les gringos qui parlaient fort derrière et qui n'étaient pas trop obamaniaques mais on les a vite oubliés avec la qualité du décor, des mets et du service, tous impeccables. Le lendemain, autre belle surprise, la journée est ensoleillée et chaude après un jour pluvieux la veille et nous découvrons émerveillés la Cordillère enneigée. Autant elle limite la circulation de l'air et renforce le smog sur la ville, autant elle donne un cachet certain au site. Le temps est tellement beau que nous déjeunons sur la terrasse en T-shirt et devons rentrer après une demi-heure, en sueur. Nous sommes l'équivalent du 30 novembre en France... A Paris il pleut ou il grêle selon que la température atteint 0°C ou pas. Mag me dit même que le climat supposé méditerranéen de Santiago est plus chaud et sec que celui de Nice et je la crois sur ce coup-là !!!




Dans l'après-midi, nous étrenons notre belle Mazda 3 toute neuve en allant faire un tour dans la partie la plus profonde du barrio alto de Santiago du côté de Lo Barnechea, la commune la plus riche et son quartier le plus hype de la Dehesa. On comprend pourquoi les plus fortunés sont venus s'installer ici : ils sont au vert et sur une colline qui domine la ville, ce qui leur permet d'éviter le pire du smog présent dans toute la vallée. Après discussion avec mes collègues, j'ai découvert que pas mal de sentiers de randonnée partent directement de ce coin-là pour des excursions d'une demi-journée vers les collines entourant la ville, à tester rapidement dans les semaines qui viennent ! En rentrant, nous allons faire nos courses en voiture, ce que je n'avais plus fait depuis plus de 10 ans du temps de mes études à Cergy Pontoise quand j'étais l'heureux possesseur d'une 205. Cela ne nous rajeunit pas ma bonne dame mais c'est rudement pratique !!!

En bref, je pense qu'on peut raisonnablement penser que l'hiver ne devrait pas être trop dur pour nous, surtout que le mois le plus difficile d'août, nous le passons en vacances en France pour 3 semaines !!! A partir de septembre, les locaux m'ont dit que le temps revenait vers 15-20°C et grand soleil, trop top !!!

A bientôt pour de nouvelles aventures !