mardi 11 mai 2010

A la découverte du Chili - Les Chiliens


A la suite des posts successifs à base de vie sur place et de photos de Mag, je me suis dit qu'il serait temps de rééquilibrer tout cela en vous envoyant un post composé essentiellement de mots et de contenu informatif façon Moukipédia comme dirait une certaine douce moitié de ma connaissance. Voici donc un petit aperçu général de la population du Chili et plus généralement d'Amérique du Sud, assez peu connue chez nous et mes premières impressions sur les Chiliens (on parle pas mal d'eux cette année, entre le tremblement de terre et leur qualification pour la Coupe du Monde, une première depuis respectivement 25 et 15 ans).

Au fait, avant de passer aux choses sérieuses, un petit message à caractère informatif, j'ai enfin récupéré mon RUT et ma Cédula de identidad avec écrit en gros dessus Extranjero qui va me faciliter la vie mais rassurez-vous, l'esprit administratif des Chiliens est tenace, le concessionaire auto vient de m'appeler pour m'indiquer qu'il lui fallait un chèque de banque et pas un chèque normal pour payer l'achat de notre Mazda 3, rapport au fait que mon compte bancaire n'est ouvert que depuis quelques mois et que je suis un E..., bref, le cirque continue mais de manière plus atténuée qu'avant (vivement le tampon de Residente permanente, équivalent de la carte verte gringa sous ces latitudes).

L'Amérique du Sud et le Chili, donc. Je vous remets une carte ci-dessous à échelle réelle (et pas en format Mercator, cf. un de mes posts précédents) qui vous aidera à replacer les pays à leur juste place.


Warning : je m'apprête à faire une description ethnique des différents peuples de la région, que ceux qui croient encore en l'idéal républicain si français de la non statistique raciale passent leur chemin (même si je pense que l'absence de ces stats en France est bien plus une malédiction tant le FN peut après dire n'importe quoi sur les populations d'origine étrangère sans que personne ne puisse contredire leurs chiffres en se basant sur des données officielles).

L'Amérique du Sud compte autour de 400 millions d'habitants dont la moitié se trouve au Brésil (ce qui vous fait donc du 50/50 entre hispanophones et lusophones). L'image que l'on en a d'Europe est celle d'un continent plutôt métissé avec quelques nations blanches au milieu et quelques tribus indiennes vivant encore à l'âge du Néolithique au coeur de l'Amazonie que Sting et Leonardo Di Caprio viennent défendre quand on veut leur construire un gros barrage hydroélectrique sur l'Amazone. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le groupe majoritaire sur le continent est constitué de Blancs avec 45% du total, tous issus d'une immigration d'abord espagnole et portugaise qui s'est diversifiée après avec un gros afflux d'Allemands vers la fin du XIXème siècle puis fortement italienne au début du XXème principalement en Argentine et en Uruguay (+ quelques Nazis bourlingueurs et chafouins après guerre...). Les pays où ils sont le plus majoritaires sont de loin l'Argentine et l'Uruguay (plus de 90%), les colons ayant réglé de manière très américaine leur cohabitation avec les populations indigènes... Dans les autres pays avec une population blanches légèrement majoritaire, on retrouve le Brésil (et oui !!!) et le Chili avec une proportion tournant de 50 à 55%. Le deuxième groupe qui compte 120 millions de personnes est celui des Indiens de souche et des Mestizos (métis), issus d'un croisement plus ou moins ancien entre Indiens natifs et colons blancs. Les nations avec la plus grande portion d'Indiens se trouvent à l'intérieur des anciennes frontières de l'Empire inca, soit la Bolivie, le Pérou et l'Equateur, avec un mélange tirant de plus en plus vers le blanc à mesure que l'on va vers le Sud et le Nord (ce qui fait par exemple qu'au Chili on a 40% de Métis et 5% d'Indiens de souche mapocho concentrés autour de la ville de Temuco et dont la spécificité est peu reconnue au niveau politique). En troisième groupe représentant entre 15 et 20% de la population et héritier du commerce triangulaire des esclaves, on retrouve les Noirs, présents essentiellement au Brésil et sur la côte atlantique colombienne. Dans les autres pays, les Noirs sont totalement absents, mes collègues chiliens voyageant à Paris sont tous revenus en s'étonnant d'en avoir croisés, c'est totalement exotique pour eux (même si nous en avons vu un avec Mag un jour dans le métro à Santiago, le pauvre étant bien évidemment dévisagé de pied en cape par tous les passagers chiliens de la rame...). Dans les moins de 5% restants, on retrouve quelques Asiatiques avec une curiosité de taille pour les Japonais au Brésil qui se concentrent a Sao Paolo dans une communauté forte de 1.5 millions d'habitants, plus grande colonie nippone en dehors du Japon. Je laisse Magali vous conter l'histoire pour le moins surprenante de cette migration du XIXème qui fait qu'on mange des sushis de ouf sous les palmiers et un climat tropical à plus de 8000 bornes de Tokyo !

Si vous avez bien suivi l'histoire, on retrouve donc au Chili autour de 55% de Blancs, 40% de métis et 5% d'Indiens mapochos (l'autre ethnie des Araucanos ayant été joyeusement exterminée pendant les XVIIIème et XIXème siècles). Comme je vous le disais, les Mapochos se concentrent un peu au Sud de Santiago autour de la ville de Temuco où ils manifestent régulièrement pour la reconnaissance de leur spécificité avec peu de succès. Comme au Brésil, il y a des régions où des colons d'un pays se sont installés en masse et se sont peu mélangés. C'est particulièrement vrai ici avec le Grand Sud, depuis Valdivia jusqu'en Patagonie et Punta Arenas où les habitants sont majoritairement de souche germanique (c'est là aussi que se trouvent comme par hasard les grandes brasseries du pays fabricant les fameuses bières Kuntsmann, Austral et Patagonica...). Il n'est pas étonnant lorsque l'on voyage sous ces latitudes de croiser un grand blond aux yeux bleus et barbe blonde appelé Hans. Plus on monte vers le Nord et la frontière avec le Pérou, plus les Métis sont nombreux et tendent vers une souche indienne dominante au Pérou et en Bolivie.

Le plus frappant quand on arrive au Chili, c'est de voir combien l'origine ethnique détermine en grande partie le rang social de chacun. La réussité économique du pays est récente et n'a pas encore donné lieu à la mise en place d'une véritable méritocratie, ce qui fait que l'ascenseur social commence à peine à se mettre en place. L'élite du pays est blanche à 100%, descendante directe des colons espagnols d'origine ou d'Européens plus récents y compris français (avec des noms comme Pinochet ou Bachelet...). Une quinzaine de familles contrôle ainsi une grande partie de l'économie et vit dans le quartier de la Dehesa au nord est de Santiago, a étudié a la Pontificada Universidad Catolica, est profondément catholique et liée à l'Opus Dei, vote de manière systématique aux élections pour la très droitière UDI (Union Democratica Independiente) et n'était pas trop contre la dictature de l'ami Augusto dans les années 70 et 80. La part des Blancs restants et les Métis et Mapochos sont encore aujourd'hui en partie réduits à des tâches plus ingrates dans l'économie même si 20 ans de socialisme libéral et progressiste ont pas mal fait évoluer les choses. Le boom économique du pays a tendance aussi à faire évoluer les réseaux existants, les nouveaux riches entrepreneurs ayant tendance à créer des associations plutôt laïques et à limiter la cooptation très en vogue chez les élites blanches historiques (le boca a boca comme on dit ici). Je me suis rendu compte de ce sens très particulier de la hiérarchie en prenant mes fonctions ici puisque rapidement mes patrons m'ont indiqué de faire attention à certains de mes commentaires (forcément, la langue bien pendue du Moute...) car je représentais in fine le dueno (maître) de la société et que j'étais donc du côté des gerentes. Ici, il n'est pas rare que l'on me serve du Don Nicolas, la grande classe... Après 2 années en mode 8 ans d'âge mental à base de de blagues salaces et politiquement incorrectes en salle de marché à Paris, cela change du tout au tout...

L'adaptation se passe pourtant très bien. Au premier abord, les Chiliens sont effectivement un peu froids (en fait timides), ce qui peut surprendre avec les clichés que nous avons en Europe sur l'Amérique latine (les pays limitrophes les traitent d'ailleurs d'Allemands parlant espagnol). Mais une fois à l'aise et mis en confiance, ils sont plutôt sympathiques, assez rigolos (attention au gap culturel sur les blagues sur Benoit XVI !) et un trait de caractère qui me va très bien est leur discipline, plutôt développée pour la région (ils sont presqu'à l'heure aux RDVs, ils respectent presque les deadlines et ils sont plutôt professionnels). Je vous ai déjà parlé du respect de la queue dans les administrations et pour prendre le bus et leur sens civique que je trouve très agréable et supérieur à celui des Français. Une chose où il faut faire un peu attention aussi, c'est au niveau de leur côté corse : ils sont fiers, fiers et susceptibles. Il est assez rare de les entendre critiquer leur pays comme nous pourrions le faire. Etant une nation jeune et entourée d'ennemis historiques (Argentine, Bolivie, Pérou), il y a un sentiment de fierté nationale plutôt positif,  patriote et solidaire dont le tremblement de terre a constitué une parfaite illustration. On est loin du cynisme fatigué des anciennes nations européennes. Par contre, cette fierté se convertit parfois au travail en opposition têtue à certains changements, heureusement avec Mag, nous avons la cabeza mas dura que ellos ! Une chose est sûre, ils ont été très présents pour m'aider à m'installer au début au Chili et très accueillants, un gros plus, dont la contrepartie est leur tendance absolument hallucinante au commérage (une fois encore, attention le Moute avec ta langue bien pendue...). Santiago est comparable à un village français de 100 personnes et tout se sait sur tout le monde. Depuis quelques mois, je fais un gros effort d'attention sur le sujet, les Chiliens étant prompts à me faire des remarques sur ce point alors qu'ils en font 10 fois plus en permanence (cela ne me rappelerait-il pas une parabole sur une paille et une poutre, étrange...). Pour conclure, le bilan reste très positif, et de toute manière les petits désagréments constatés sont mineurs et le fait d'un inévitable décalage culturel. Et comme l'indique si bien ma Cédula de identidad, c'est bien nous les extranjeros sur place et c'est à nous de nous adapter à leur mode de vie !

Voilà, je m'arrête là pour en garder un peu sous le pied pour la suite. Je vous retrouve bientôt pour de nouvelles blogueuseries !!!

dimanche 9 mai 2010

Weekend de Pâques à la Serena


Avec un peu de retard, voici le compte-rendu de notre long weekend à la Serena et dans le Valle del Elqui.

En résumé, les événements marquants de ce weekend pascal 2010:

D'abord Mout a beaucoup conduit et la route était super belle.









Nous nous sommes faits arrêtés deux fois et 1/2 par les carabiniers en un weekend. Certes, on a fait presque 1000 bornes en 4 jours, mais tout de même, on a pas de bol.
La première fois, simple contrôle de routine, pour vérifier si nous avons nos papier, permis, assurance, etc. Tout est en règle, sauf qu'il s'agit d'une voiture de location et que l'on ne trouve pas les documents relatifs à l'assurance.
Pas de panique, nous appelons l'agence qui nous explique qu'ils se trouvent dans la boîte à gants, dans un portefeuille marron. Je ne trouve pas, je sors de la voiture et je fouille partout pendant que Nico parlemente avec le gentil carabinier. Devant l'insistance de ce dernier, Nico se met lui aussi à regarder et ne trouvant pas, se saisit du téléphone pour expliquer à l'agence que vraiment là, c'est pas normal et tout et tout. Devant l'hystérie qui commence à nous gagner, le gentil carabinier nous laisse repartir, de toutes façons, "y sont fous ces gringos!"  100 mètres plus loin, j'ouvre la boîte en gant et j'en ressort le fameux portefeuille marron, que j'aurais vu depuis le début si j'avais enlevé mes lunettes de soleil. Oups! Je le montre à Nico qui me dit, impassible : "bon, ben, t'appelles l'agence et tu leur dit qu'on l'a trouvé...."

300 km plus loin, quelques gouttes de pluie tombent. Hardiment, le Mout décide de doubler une voiture de carabiniers taquins qui roulent à 78km, sur une portion limitée à 80 km. Lorsque nous arrivons à leur hauteur, ils nous font de grand signe en écartant les doigts comme si ils nous envoyaient quelque chose. Les feux! Mout les allume et les carabiniers nous applaudissent en cœur. ça c'était la demie-fois!

Au retour, on aperçoit encore des carabiniers faisant des contrôles. Et crac, ça rate pas, on se fait arrêter. Mais on est presque contents car plus prêts que nous, tu meurs! On a : les papiers, les feux, le portefeuille marron dans la boîte à gants.

Côté visite, il y a évidemment le bord du Pacifique, la Serena.


Même si ils faut toujours être prudent! Le souvenir du terremoto n'est pas loin.




On a surtout aimé la vallée del Elqui, le ciel le plus pur du monde, paraît-il. (Effectivement, nous n'avons pas vu un nuage en 4 jours.) Les observatoires les plus puissants s'y trouvent mais pour les visiter il faut réserver deux mois à l'avance.


Cette vallée est aussi connue pour ses vignes et la fabrication de son Pisco. Nous avons visité la fabrique du Pisco Capel et ramené quelques bouteilles. Nous y avons trouvé également le futur projet professionnel du Mout.


- Dans la partie non-irriguée, ce sont plutôt les cactus qui règnent en maîtres. Mout en a fait une expérience malheureuse.


J'ai du lui montrer comment s'y prendre.... d'abord un bisous, puis il vous laisse le câliner!




On peut même manger ses fruits et boire leur jus, c'est super bon!