lundi 28 mars 2011

Région des Lacs (3) - Transition vers l'île de Chiloé


Le lendemain de Noël, nous nous réveillons avec une légère barre d'acier en travers de la tête mais nous ne traînons pas (d'ailleurs, la brume reste désespérément accrochée sur notre cher volcan Osorno, "cela ne s'est toujours pas levé..."). D'autant plus que nous avons pas mal de route à faire pour rejoindre l'île de Chiloé via un ferry faisant le lien entre Pargua sur le continent et Chacao de l'autre côté de l'isthme (pour mieux vous situer, je vous renvoie à la carte détaillée d'un précédent post). La distance entre les 2 rives est pourtant assez faible et il semblerait que le débat soit vif sur l'opportunité d'un pont ou non avec une grosse opposition des écologistes locaux, ce qui n’est pas sans rappeler le processus de construction du pont de l’Öresund (allez, un petit coup de Moukipédia, c’est le pont reliant la Suède et le Danemark entre Copenhague et Malmö). En tout cas, la traversée dans un temps gelé à l'aller était bien plus agréable sous le soleil au retour avec toujours des volcans en toile de fond, je vous laisse constater sur les images suivantes :


Nous arrivons sains et saufs sur l'île de Chiloé et là un petit rappel culturel s'impose. En effet, dans les mythes et légendes qui constituent l'identité chilienne, Chiloé occupe une place assez singulière, car comme toute ïle digne de ce nom, elle a développé au fil du temps une culture propre et différente de celle du continent, résistant encore aujourd'hui à l'uniformisation bonapartiste du gouvernement central chilien qui ressemble beaucoup à la France sur ce point-là. Ainsi, l'île est entourée d'une aura de mystère et foisonne de légendes pour le moins incongrues, sûrement alimentées par le temps local assez... variable et un fort héritage culturel indigène. Cette singularité se retrouve par exemple au niveau vestimentaire avec des tenues à mailles larges portées dans tout le pays, au niveau des danses chiloètes participant du folklore national (au même titre que la cueca  ou des danses polynésiennes de l'île de Pâques). Mais la vrai marque de fabrique, c'est la mythologie locale, mélange détonnant de tradition mapuche et d'anciennes croyances païennes importées par les Européens et nourries de l'étrangeté brumeuse des lieux. Les deux plus célèbres concernent la Caleuche, un mystérieux vaisseau fantôme visible la nuit et chassant les vivants passant par mégarde trop près ou alors el Trauco, être difforme de petite taille assez proche des trolls scandinaves (oui de petite taille, rien à voir avec les Trolls à la Tolkien un peu plus maousse costauds) mais avec un pouvoir de séduction fort sur les jeunes humaines et doté d'une forte libido (il y a une ancienne expression au Chili qui dit que les femmes enceintes dont le père était inconnu avaient succombé au charme du Trauco). Nous sommes arrivés sur l'île avec toutes ces légendes en tête mais ce qui frappe le plus, surtout par rapport à la région de Santiago, c'est le vert et l'eau, on se croirait en Bretagne ou en Irlande (faune et flore) :



Ah non finalement, on finit par tomber sur un animal typiquement sud-americain, un alpaca (photo prise de loin avec un bon niveau de zoom, parce que comme son cousin le lama, quand il est pas content, il crache !). Ouf, le dépaysement reste assuré !




Finalement, après 2 heures de route vers le sud, nous arrivons enfin à notre point de chute/repos de la journée, la capitale administrative de l'île, la ville de Castro bien connue pour ses constructions sur pilotis appelées palafitos. Reine de la résa d'hôtels et de chambres d'hôtes type joyau caché du grand public, Mag nous a dégotés un palafito complètement réaménagé à neuf, soit la touche locale et le confort absolu, une combo du meilleur effet. Et une nouvelle fois, à l'attention de mes beaux-parents qui étaient en mode "perception de tremblement de terre" depuis leur arrivée à Santiago, c'est bien la marée qui faisait bouger le palafito, et pas la tectonique des plaques. D'ailleurs, qu'on se le dise, ce n'est pas tellement le mouvement qui fait le plus peur dans un tremblement de terre, c'est bien le bruit (à dire la mine grave mais avec le T-Shirt "I survived the 10/02/27 Chilean earthquake", what else ?). Le personnel de l'hôtel est très sympathique et nous renseigne sur notre périple du lendemain. Nous recevons alors la confirmation que ce sont des locaux vivant sur une île vu leur ethnocentrisme surpuissant : selon eux, la pomme de terre native est née sur Chiloé, à croire que le Pérou a dû disparaître dans une faille spatio temporelle... Enfin bon, cela fait partie du charme des lieux et il faut dire que les gens de Chiloé sont adorables, ce qui se confirmera dans les jours suivants et participera à la bonne ambiance de ces vacances de Noël. Quelques photos des palafitos pour vous donner une idée de la chose (à noter le coin de ciel bleu, le temps était en train de s'améliorer petit à petit) :





Après une bonne nuite de repos, nous nous lançons dans la visite plus approfondie des alentours, à suivre dans le prochain post !

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